La douleur interne du genou après 40 ans porte souvent le nom de tendinite de la patte d’oie, mais ce diagnostic recouvre des réalités anatomiques différentes selon les cas. Comprendre ce qui se passe réellement dans le genou change directement la manière de gérer l’activité physique au quotidien, et notamment la marche.
Ce que révèle l’imagerie sur la patte d’oie genou
La patte d’oie désigne l’insertion commune de trois tendons sur la face interne du tibia, juste sous l’interligne articulaire : le sartorius, le gracile et le semi-tendineux. Ces trois tendons convergent en éventail, formant la structure qui a donné son nom à cette zone.
Une donnée issue d’une revue portant sur des IRM de genoux douloureux est révélatrice : une inflammation de la bourse n’a été retrouvée que dans 2,5 % des cas parmi les examens analysés. Par ailleurs, le diagnostic posé à l’examen clinique seul est confirmé par l’imagerie moins d’une fois sur deux. Autrement dit, parler de « bursite » ou de « tendinite » comme d’une certitude repose souvent sur un faisceau d’arguments cliniques plutôt que sur une lésion visible à l’IRM.
Une revue de synthèse publiée en 2026 dans Orthopedic Research and Reviews précise que la présence d’une anomalie à l’imagerie ne suffit pas à prouver qu’elle cause la douleur : elle doit être interprétée au regard des symptômes et de l’examen physique.
Douleur interne du genou : distinguer patte d’oie, ménisque et arthrose
La localisation précise de la douleur est un premier élément d’orientation : la douleur se situe environ 5 à 7 cm sous l’interligne médial, là où les tendons s’insèrent sur le tibia. Elle est reproductible à la palpation directe de ce point.
Le problème est que cette zone est proche de celle où s’expriment une souffrance méniscale interne et une gonarthrose débutante. Après 40 ans, ces pathologies coexistent fréquemment. La douleur de la patte d’oie peut accompagner une arthrose médiale et lui ressembler cliniquement, ce qui rend le diagnostic différentiel utile avant d’orienter le traitement.
Trois situations typiques déclenchent ou aggravent la douleur :
- La montée et la descente des escaliers, qui sollicitent en flexion les trois muscles impliqués et augmentent la compression sur l’insertion tendineuse.
- Le décubitus latéral genoux joints, qui crée une friction entre les tendons et la bourse sous-jacente pendant la nuit.
- La reprise d’activité après une période sédentaire prolongée, notamment la marche rapide ou la randonnée sans progression graduelle de la charge.

Marche et activité physique : ce que recommande l’exercice thérapeutique
Arrêter de marcher n’est pas la réponse adaptée, même en présence d’une arthrose associée. Les recommandations NICE pour la gonarthrose préconisent un exercice thérapeutique individualisé, combinant renforcement musculaire local et activité aérobie. Elles précisent qu’une gêne modérée pendant l’exercice est acceptable et ne signifie pas aggravation lésionnelle.
Pour la tendinopathie de la patte d’oie spécifiquement, la gestion de la charge est le principe central : réduire temporairement l’intensité sans supprimer l’activité, puis reprendre progressivement.
En pratique, quelques ajustements permettent de continuer à marcher :
- Raccourcir les sorties sur terrain plat dans un premier temps, puis réintroduire le dénivelé progressivement sur plusieurs semaines.
- Éviter les surfaces molles qui augmentent l’instabilité en valgus (genou en X), facteur de surcharge identifié sur la zone d’insertion.
- Marcher avec des chaussures offrant un bon soutien de la voûte plantaire, car une pronation excessive majore les contraintes en valgus sur le genou.
Renforcement musculaire et traitement : ce qui fonctionne sur la durée
Le renforcement musculaire constitue le pilier du traitement. Les exercices ciblant les adducteurs, les ischio-jambiers et le quadriceps réduisent les contraintes en cisaillement sur l’insertion tendineuse. Le travail des abducteurs de hanche est également pertinent : un déficit de ce groupe musculaire favorise le valgus dynamique du genou à chaque pas.
Les injections de corticoïdes sont réservées aux situations où la prise en charge par l’exercice n’a pas suffi. Le taux de récidive après corticothérapie seule est estimé entre 20 et 40 %, ce qui explique que l’exercice reste la base du traitement, avec l’injection utilisée comme complément ponctuel.
Des techniques comme les ondes de choc (ESWT) et les injections de PRP font l’objet d’études récentes, mais leur place dans la prise en charge n’est pas encore définitivement établie pour ce site spécifique.
| Approche | Indication principale | Limite connue |
|---|---|---|
| Exercice thérapeutique | Premier recours, toutes sévérités | Nécessite une progression structurée |
| Injection corticoïde | Douleur aiguë invalidante | Récidive dans 20 à 40 % des cas |
| ESWT / PRP | Échec des autres approches | Niveau de preuve encore limité sur ce site |
| Repos complet | Phase très aiguë courte | Contre-productif au-delà de quelques jours |
Facteurs de risque spécifiques après 40 ans
Après 40 ans, plusieurs facteurs augmentent la probabilité de développer une douleur à la patte d’oie. Le surpoids majore les contraintes mécaniques sur l’insertion tendineuse à chaque appui. Le diabète de type 2 est associé à une prévalence plus élevée de cette pathologie, sans que le mécanisme exact soit entièrement élucidé. La gonarthrose médiale, fréquente dans cette tranche d’âge, modifie la mécanique du genou et peut créer les conditions d’une surcharge des tendons ansérinaux.
Le genou en X (valgus) est le facteur biomécanique le mieux documenté parmi les prédispositions anatomiques : il oriente les forces de traction vers l’intérieur du genou et sollicite de façon répétée la zone d’insertion de la patte d’oie à chaque pas.
Ces facteurs ne condamnent pas à l’arrêt de l’activité. Ils orientent en revanche la prise en charge vers un travail de correction biomécanique et de renforcement ciblé, plutôt que vers un simple repos.

