Liste des 30 maladies prises en charge à 100 et ALD : quelle différence ?

Il existe une arithmétique silencieuse au cœur de notre système de santé : trente maladies, pas une de plus, accèdent d’emblée à une couverture totale des frais médicaux, pendant que d’autres, moins médiatisées ou plus complexes, naviguent dans un entre-deux administratif. Sur le papier, la règle paraît simple. Dans la réalité, elle se frotte à des parcours de soins pluriels et à des situations qui, bien souvent, échappent à la logique binaire d’une liste officielle.La frontière entre ces catégories n’est pas qu’une subtilité réglementaire : elle dicte la façon dont chaque patient sera soutenu, ou non, dans la durée, l’ampleur des démarches à entreprendre, la rapidité des remboursements, et parfois, la sérénité d’un quotidien face à la maladie.

Affections de longue durée : comprendre le dispositif ALD et la prise en charge à 100 %

Le dispositif ALD, pour affection de longue durée, structure la réponse de l’Assurance Maladie aux pathologies chroniques ou graves. Il s’adresse à ceux pour qui le mot « traitement » ne se conjugue pas au passé, mais s’ancre dans la routine d’une vie bouleversée. En France, la reconnaissance d’une affection de longue durée exonérante s’appuie sur deux piliers : la fameuse liste des 30 maladies définie par décret, et, en parallèle, des cas particuliers hors liste ou polypathologies, chaque situation étant pesée à l’aune de son retentissement médical.

La démarche démarre toujours dans le cabinet du médecin traitant. C’est lui qui amorce le processus, en rédigeant un protocole de soins détaillé. Ce document, pièce centrale du dossier, passe ensuite entre les mains du médecin-conseil de la Sécurité Sociale pour validation. Il précise noir sur blanc les actes et prestations couverts à 100 % sur la base du tarif de la sécurité sociale, grâce à l’exonération du ticket modérateur. On y trouve tout : la nature des actes concernés, le rythme des suivis, la durée prévue de la prise en charge. Ce n’est donc pas une couverture globale sans limite, mais un filet resserré sur les soins liés à l’affection reconnue.

Les autres soins, ceux qui sortent du cadre du protocole, ou qui interviennent pour une pathologie intercurrente, restent remboursés selon les modalités habituelles. À ce stade, la complémentaire santé reprend le relais, notamment pour les dépassements d’honoraires, le forfait hospitalier ou encore la franchise médicale.

Concrètement, l’ALD s’accompagne de modalités spécifiques : prescription sur ordonnance bizone, accès au tiers payant pour les soins concernés, droits renforcés pour l’arrêt de travail. La durée varie selon l’affection : parfois limitée à quelques années, parfois renouvelée indéfiniment, selon l’évolution du dossier médical.

Professionnel de santé montrant un tableau de maladies à un patient

Liste des 30 maladies concernées et différences entre ALD 30, 31 et 32

On parle souvent de la liste des 30 maladies, ou ALD 30. Ces pathologies, reconnues par décret, partagent des points communs : gravité, chronicité, nécessité d’un suivi intensif. Elles ouvrent droit à la prise en charge totale des soins, à condition de respecter le protocole établi avec le médecin traitant. Voici quelques exemples concrets de maladies concernées :

  • diabète de type 1 et 2,
  • insuffisance cardiaque,
  • sclérose en plaques,
  • mucoviscidose,
  • maladie de Parkinson,
  • hémophilie,
  • polyarthrite rhumatoïde,
  • cancers,
  • insuffisance rénale chronique,
  • infection par le VIH.

Ces affections sont dites exonérantes : le patient n’a rien à avancer sur les soins liés à la maladie, hors dépassements ou frais non couverts par l’assurance de base.

Mais le paysage ne se limite pas à l’ALD 30. Le dispositif se décline en trois catégories bien distinctes :

  • L’ALD 30 concerne les maladies officiellement listées par décret,
  • L’ALD 31 s’adresse à des formes sévères et invalidantes de maladies non inscrites sur la liste, mais qui nécessitent un traitement régulier d’au moins six mois,
  • L’ALD 32 est réservée aux polypathologies : lorsque plusieurs affections graves coexistent chez une même personne, rendant la prise en charge aussi complexe qu’une ALD listée.

Pour l’ALD 31 ou 32, chaque cas est évalué individuellement. On pense notamment aux seniors, souvent confrontés à la polypathologie, pour qui chaque dossier fait l’objet d’une analyse attentive. Seules les situations répondant à des critères stricts de gravité et de chronicité bénéficient de cette prise en charge spécifique. Ce dispositif, parfois opaque, peut faire toute la différence entre un parcours de soin allégé et la persistance de restes à charge.

Au fil des années, la liste des ALD n’a cessé de cristalliser des attentes, des frustrations aussi. Pourtant, elle reste une boussole dans la jungle des remboursements. Pour les patients concernés, chaque renouvellement d’ALD, chaque validation de protocole, marque une étape clé dans la conquête d’un peu de stabilité face à la maladie. Et pour tous les autres, la frontière reste bien réelle, aussi tangible que le soulagement d’un reste à charge annulé ou le courrier de refus reçu au cœur de l’hiver.

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